Louis Gallois : « Grands patrons, faites un stage en PME »

Hervé Hamon sort ces jours-ci « Ceux d’en-haut », un ouvrage d’entretiens avec certains grands patrons français triés sur le volet. Parmi ceux-ci Louis Gallois, ancien patron d’EADS et aujourd’hui haut-commissaire aux investissements, qui se révèle d’une grande lucidité quant au quotidien du patron de PME. Il va même jusqu’à conseiller aux grands patrons déconnectés du terrain d’aller y faire un stage. Challenges a publié les lignes concernées, que nous reproduisons ici pour vous.

Louis Gallois

« La solitude du chef, ce n’est pas une idée en l’air. On est seul, dans ce métier. On peut avoir des collaborateurs dont on est très proche, mais tout le monde, au sein de ces entreprises, est dans des jeux de tactique, des jeux personnels, des amours et des haines. Ça ne me pose pas de problème, mais vous êtes seul, in fine.

Il n’y en a qu’un pour qui, à mon sens, ce soit plus difficile: le patron de PME. Lui, il est en première ligne sur tous les sujets, il est directeur financier, il est DRH, il est évidemment directeur de la stratégie, il est tout, il voit son banquier, il est souvent actionnaire de sa boîte, et c’est son patrimoine qu’il a engagé. Moi, je les admire, ces gens-là, je suis dans une position infiniment plus confortable, j’ai des amortisseurs dans tous les coins. Je pense que ce serait une excellente thérapie pour les patrons de grandes entreprises dont la tête a tendance à enfler que d’affronter la vie concrète d’une PME, la vraie vie sans doute.

Nous autres, nous sommes dans une bulle. Tout est facilité, tout est précuit. On me prend mes billets de train, je ne fais pas la queue au guichet, je ne clique pas sur Internet, j’ai un chauffeur, un avion privé quand je me déplace en Europe. Je dois faire un effort, oui, un effort pour garder les pieds sur terre, pour garder une hygiène de vie. Ça veut dire que je veille à avoir des amis qui ne sont pas de ce milieu-là. J’habite Clamart, je m’applique à vivre comme l’honnête habitant de Clamart. Je vais au café, je fais mes courses. Quand je peux, le week-end, je prends les transports en commun (j’ai presque honte de dire que, pour moi, c’est un spectacle très distrayant). Il faut une vie personnelle stable, ce qui est mon cas. D’autres sont peut-être capables de mener de front une vie personnelle agitée et une vie professionnelle forte, je ne le pourrais pas, je ne puis ajouter du stress au stress.« 

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