Jean-Jacques Bourdin : alésien, cévenol et languedocien

De gauche à droite, Philippe Ribot, maire de Saint-Privat-des-Vieux, Max Roustan, J-J Bourdin et Alain Dorison, Directeur de l’École des Mines d’Alès / © B.Hillaire – Mairie d’Alès

BOURDIN L’ALESIEN

Jean-Jacques Bourdin est un alésien de souche, et il se murmure qu’il l’est encore de cœur. Et ce n’est pas sa participation à la soirée de lancement de la marque « Alès avec un A comme Audace » en novembre dernier (voir photo) qui laissera percevoir le contraire.

D’ailleurs, l’animateur vedette de BFM TV et de RMC ne rate pas une occasion de revendiquer ses racines, qu’il replonge régulièrement désormais dans les terres viganaises :

«Je suis alésien, mon pays c’est les Cévennes. J’ai découvert le Pays viganais grâce à mon frère et j’ai eu le coup de foudre. […] Je suis un des seuls de la profession à refuser catégoriquement les invitations à l’Elysée. C’est mes racines cévenoles ! Si le président veut me voir, ça sera chez moi, dans mon studio et selon mes conditions. Je tiendrai bon.»

Son enfance à Alès, c’est encore lui qui en parle le mieux, comme au site de Pleine Vie en juin 2009  :

«Je suis d’origine cévenole et l’aîné de cinq enfants. J’ai passé mes jeunes années à Alès, dans un milieu plutôt favorisé. Mon père avait une petite entreprise, ma mère n’a jamais travaillé. J’ai mené des études pas très brillantes, arraché mon baccalauréat en 1968, voilà en gros pour une enfance terriblement insouciante. De là, j’ai fait un bref passage à l’université, je sortais et buvais beaucoup à une époque, et puis j’ai connu les cartes, j’ai joué au poker, au bridge… Je n’ai pas persévéré dans mon cursus, j’ai exercé plusieurs métiers: chauffeur-livreur, vendeur d’assurances, VRP…

[…] [La culture protestante dans laquelle j’ai été élevé m’a enseigné] le goût de la tolérance. Mon livre de chevet est d’ailleurs Lettre sur la tolérance de John Locke. Tolérer ne veut pas dire adopter ni accepter, mais écouter. Et ça ne me gêne pas de recueillir les propos les plus violents.

[…] J’ai croisé Raymond Castans, directeur des programmes de RTL dont je connaissais la nièce. Nous avons discuté et engagé un pari sur le palmarès d’un coureur cycliste italien. Il l’a perdu et m’a dit: “Je vois que vous connaissez bien le sport, j’aurais peut-être un jour un stage à vous proposer.” J’aimais effectivement beaucoup cette matière, je tenais ça de ma grand-mère classée au tennis. Six mois après notre première entrevue, Castans m’a appelé à Alès un samedi en me demandant d’être à Paris le lundi. Moi qui ne connaissais que RMC, je suis parti à RTL en sachant vaguement que la station existait. J’y suis resté 26 ans ! J’ai enchaîné sept ou huit ans de journalisme sportif, du reportage et la présentation des différents journaux. Et j’ai, non pas créé, mais développé le principe de la parole aux auditeurs.»

L’ANIMATEUR VEDETTE

La suite, c’est Yann Fernandez qui la raconte :

«Durant 25 années Jean-Jacques Bourdin occupera différents postes de la fréquence la plus écoutée en France : stagiaire, reporter sportif, d’actualités, présentateur des grands journaux, directeur de l’édition du week-end. Mais une fois entré dans le XXIe siècle, Bourdin n’a qu’une seule idée en tête, celle d’instaurer l’interactivité entre le journaliste et son public dans une émission d’actualités. Bien que son émission Les auditeurs ont la parole remporte un franc succès sur RTL, la radio luxembourgeoise n’est pas convaincue par le concept.

Au printemps 2001, Jean-Jacques Bourdin reçoit un appel d’Alain Weill, fondateur du groupe audiovisuel NextRadioTV qui vient tout juste de racheter RMC dont les audiences sont en chute libre. Bourdin adhère au projet de Weill qui lui donne carte blanche pour une émission d’information interactive. Le journaliste met en place une recette qui fonctionne toujours aujourd’hui dans son émission Bourdin &Co. Du lundi au vendredi, de 7h à 11h, il fait intervenir des experts sur des sujets politiques, économiques ou de société, mais il laisse surtout un grand temps d’antenne au public qui peut aussi intervenir sur le blog, le chat ou le forum de l’émission. L’audience est invitée à témoigner plus qu’à donner une opinion, les témoignages des Français permettant de mieux comprendre l’actualité selon l’homme au 1,5 million d’auditeurs.

Proche du quotidien de ses auditeurs, le journaliste entreprend aussi de les aider à lutter contre la vie chère. A l’antenne, il lance le système Bourdin, qui permet à chacun de recommander les prix les plus bas ou avantageux sur des produits dans sa région. Les offres et les bons tuyaux passent à la radio et sont publiées sur le Net, ce qui rencontre un succès sans précédent en province notamment.»

LE LANGUEDOC ROUSSILLON

Car contrairement à la plupart de ses confrères parisiens, la province, il connait. C’est donc avec une assurance légitime qu’il analysait pour objectif-lr.com il y a quelques années l’image de sa région d’origine et de villégiature, le Languedoc Roussillon, au sein des microcosmes médiatiques parisiens :

«L’image du Languedoc-Roussillon à Paris est bonne. Il conserve une réputation un peu folle, pas dans le sens d’agitation politique, mais plus dans l’idée de mouvement. L’héliotropisme est constant, ce qui reflète un certain dynamisme et explique qu’autant de gens viennent s’y installer. En réalité, Paris ne connaît pas vraiment cette région qui s’étend de la Lozère au Canigou. Mais, entre nous, quel est le point commun entre un Lozérien et un Perpignanais ? J’ai une maison au Vigan où je me rends souvent et je connais bien la région.

[…] De Paris, on a compris que c’est une région dynamique, mais on a du mal à percevoir son poids économique. On reconnaît son rôle culturel, son attrait touristique, mais pas ses atouts industriels. À force de répéter que c’est la région des vacances et du soleil, on en est venu à occulter cet aspect des choses. De mon côté, j’observe qu’il existe en Languedoc-Roussillon quantité de zones à l’abandon où l’activité économique tourne au ralenti. J’en connais au moins une avec le Viganais. De façon générale, la région est mal identifiée, en dehors de Montpellier et de sa folie immobilière. Est-ce le Sud ? Ou plutôt le Sud-Ouest ? Les Parisiens ne savent pas vraiment nous situer. Songez que la plupart d’entre eux rangent Avignon en Languedoc-Roussillon…»

UN COUP DE FOUDRE A L’ANTENNE

Côté vie privée, Wikipédia rappelle qu’ « après avoir eu deux filles de son précédent mariage, Jean-Jacques Bourdin est marié avec Anne Nivat, grand reporter, avec qui il a eu un garçon, Louis, né en 2006. » Cette rencontre avec Anne Nivat, qui est en fait un coup de foudre survenu à l’antenne, il a pris le temps de la raconter lui-même à Paris Match :

« Le lundi 4 octobre 2004, à 8 h 30, Anne Nivat est mon invitée. A dix minutes de la prise d’antenne, à travers la ­vitre du studio, j’aperçois une silhouette de dos, debout. Pantalon, allure jeune, cheveux courts, j’ignore qui elle est et ne soupçonne pas un seul instant qu’il s’agit de mon interlocutrice du matin. A cette heure-là, j’ai encore d’elle une image tellement différente ! L’horloge tourne et l’« inconnue » prend place dans le studio à ma droite. Je réalise que cette jolie jeune femme, un peu fermée, est Anne Nivat. Il est évident qu’elle est venue à RMC à contrecœur. Je sens bien qu’elle se demande ce qu’elle fait là. Dès le début de l’interview, je croise son regard ­direct et sans concession. Avec passion, elle défend ceux qu’elle a côtoyés. Sa ­manière personnelle de pratiquer le ­métier m’impressionne. Elle part seule, vit seule, couche chez l’habitant, se déplace en taxi collectif. Je suis bluffé et tombe sous le charme. L’interview dure vingt-cinq minutes. Anne se détend, elle aussi.

Vient l’heure des infos de 9 heures. Dans le couloir, j’ai quatre minutes, pour lui dire au revoir, avant de retourner à mon micro. J’ose l’inviter à déjeuner le surlendemain. Elle accepte. Nous nous retrouvons dans un restaurant italien du VIIe arrondissement. Le repas se poursuit jusqu’en fin d’après-midi. Je sens qu’Anne n’est pas indifférente. Elle n’est pas du genre à perdre son temps, et là, elle s’abandonne. Elle est en instance de divorce, je vis séparé. Nous nous retrouvons le lendemain soir et elle regagne la Russie. Entre ses déplacements au Pakistan, en Afghanistan, en Irak ou en ­Sibérie, nous parvenons à nous revoir environ une fois par trimestre. Je deviens pour elle une sorte d’ange gardien. Nous convenons, dès qu’elle entre dans une zone dangereuse, de nous appeler toutes les quatre heures. Parfois même la nuit. Ainsi, rassuré, je peux la situer jusqu’à un soir du printemps 2005 où elle ne donne plus de nouvelles. Elle m’expliquera plus tard que, depuis Kandahar, seule avec un chauffeur afghan, elle avait décidé de gagner Farah, province frontalière de l’Iran où un ami, maire de la ville, l’attendait. Afin d’éviter de se faire repérer, elle avait coupé son téléphone et renoncé à me contacter.

Pour la première fois, j’ai peur et prends conscience de la place qu’Anne occupe dans ma vie. Vers 23 heures finalement, mon téléphone reçoit une sonnerie, une seule. Enfin ­arrivée à Farah, elle a mesuré mon ­angoisse et ma tendresse et m’a envoyé un signe. Depuis l’été 2005, nous vivons ensemble, et notre fils Louis est né en novembre de l’année suivante.

Anne poursuit ses grands reportages. Elle est retournée en Irak en juin et en octobre derniers. Chaque matin, elle intervenait par téléphone en direct sur RMC entre 8 heures et 8 h 30. Le premier jour, j’employais le vouvoiement. Mais les auditeurs qui sont perspicaces ont vite deviné que nous sommes un couple. Alors toutes les barrières sont tombées et nous nous tutoyons à l’antenne comme dans la vie.»

Rappelons enfin pour être tout à fait complet qu’en novembre 2010 Jean-Jacques Bourdin a reçu le prix Philippe Caloni, aussi appelé « prix du meilleur interviewer« , qui récompense de fait « un journaliste ayant fait preuve de talent et d’éclectisme, en particulier dans l’exercice de l’interview ou de l’entretien ».

ILS ONT DIT DE LUI

Christophe Jakubyszyn (ex Monde) :

« Bourdin ne correspond pas à l’image qu’en a l’establishment. […] Je fais ici exactement le même métier qu’au Monde, sauf que Bourdin le rend plus accessible. »

Nicolas Demorand (ex France Inter) :

« Pro, singulier, non formaté. Il réussit à faire du journalisme populaire de qualité, ce qui est extrêmement difficile et extrêmement rare. »

Marc Voinchet (France Culture) :

« Jean-Jacques Bourdin n’abonde jamais dans ce qu’on reproche traditionnellement à RMC, c’est-à-dire le populisme. Il a la dextérité et l’exigence des grands journalistes sportifs, qu’il tire de son passé au service des sports de RTL. Il affronte tous les sujets dans l’instant présent et sait décrypter en direct. Là où je l’admire, c’est dans sa conjugaison entre rigueur journalistique et son côté tout terrain. »

Marc-Olivier Fogiel (ex Europe 1) :

« [RMC] est une radio [factice, qui fait dans le people, ce dont j’ai horreur, et assez proche du pouvoir. Mais les journalistes sont bons. Si j’étais auditeur, j’écouterais France Culture. »

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