La Gazette de Montpellier : Nîmes-Montpellier, les raisons de la guerre

Lu dans La Gazette de Montpellier du 5 mai 2011.

Montpellier qui méprise ses voisines. Nîmes qui a trop retardé sa conversion économique. Portraits de la capitale régionale et de sa première dauphine, et analyse de leurs tumultueuses relations par le géographe Georges Roques qui consacre son dernier livre consacré à la région Languedoc-Roussillon.

La Gazette. Georges Roques, dans votre ouvrage Paradoxes en Languedoc Roussillon, vous dites que Montpellier est une capitale hypertrophiée, une ville « bourgeoise, jeune et administrative (qui) a écrasé Nîmes industrielle commerçante et protestante. » Comment Nîmes s’est-elle faite doubler ? 

Georges Roques. Montpellier a bien écrasé Nîmes, mais c’est aussi valable pour Béziers. Dans les années soixante, on était l’une des rares régions de France avec des villes ayant environ la même taille. Dans les régions voisines par exemple, Toulouse se détachait facilement en Midi-Pyrénées, tout comme Marseille en Provence Alpes Côte d’Azur ou Lyon en Rhônes-Alpes.

Georges Frêche, qui est devenu maire de Montpellier en 1977, a compris la nécessité de faire émerger une capitale régionale. Il a fait tout ce qu’il fallait pour que ce soit Montpellier avec un marketing politique : il a mis en place une politique d’attractivité en lançant des festivals de haut-niveau, il a créé des pépinières d’entreprises. Il a joué la carte de la présence d’une université de haut niveau, ce qui a attiré les entreprises intéressées par la recherche. Montpellier a donc pompé une bonne partie du dynamisme démographique et économique. Tous les nouveaux arrivants s’installaient à Montpellier.

En clair, Nîmes a manqué d’un maire visionnaire ?

Montpellier a bénéficié de l’arrivée des pieds- noirs en 1962 et, dès 1964, de l’installation de l’entreprise informatique IBM. Alors que Montpellier développait d’autres activités, Nîmes entrait dans une crise industrielle et textile. On peut supposer que la bourgeoisie nîmoise n’a pas compris le virage économique des années 1970-1980. Nîmes n’a pas réagi. C’est la faute des acteurs politiques et économiques. Et puis Montpellier avait une base universitaire. Les industriels attirés par Georges Frêche voulaient faire de la recherche. On aurait aussi pu faire venir un certain nombre d’activités à Nîmes, mais il n’y avait pas cette base de recherche suffisante.

Depuis, Nîmes a eu sa propre université. Et selon l’Insee, son agglomération devrait gagner 6 100 habitants chaque année d’ici 2040. La capitale gardoise ne peut-elle pas repasser devant Montpellier au niveau régional ?

Non. Par exemple, si on a réussi à faire à Nîmes une université de plein exercice, autonome, elle ne fait pas partie du plan Campus lancé par le gouvernement. Contrairement aux universités montpelliéraines qui bénéficient d’énormes financements.

Il y a bien des points d’excellence à Nîmes, comme la recherche sur la vision et l’optique. Nîmes possède aussi un patrimoine que n’a pas Montpellier et se trouve au cœur d’un ensemble touristique remarquable. On peut faire de cette ville le point de départ de circuits intéressants vers les Cévennes, la Camargue… Le Gard a le Rhône et la Camargue, ce que n’ont pas les départements voisins. Nîmes a aussi un projet de musée de la romanité. Le Gard dispose de Marcoule et du nucléaire. Il y a tout ça, mais il est totalement exclu que Nîmes repasse devant.

Finalement, n’aurait-il pas mieux valu que Nîmes soit rattachée à Marseille, Avignon et à la région Provence-Alpes-Côte-d’azur quand les régions ont été créées en 1982 ?

C’est vrai que de ce côté-ci du Vidourle, on n’est pas loin de la Provence dans la manière de vivre et de penser. Le Rhône est un axe de développement, il devrait être un trait d’union et pas une frontière. Et de l’autre côté, le Languedoc- Roussillon n’a pas d’unité, c’est une région éclatée de partout. C’est grosso modo une zone entre Toulouse et Marseille. Nîmes et le Gard souffrent de cette position.

Les Nîmois critiquent facilement les Montpelliérains, et vice-versa. La rivalité Nîmes-Montpellier existe-t-elle uniquement dans les mentalités ou aussi entre les décideurs politiques ?

Nîmes et Montpellier sont concurrentes. Et si elle continue, cette rivalité peut être un obstacle pour la région. Surtout que les relations entre Montpellier et Béziers sont encore pires. Les Montpelliérains ont une espèce de mépris pour tout le reste. Ce qui fait du Languedoc-Roussillon la pire région de France pour les conflits politiques. C’est la bagarre tout le temps. Pourtant, on ne peut plus aujourd’hui raisonner en terme de concurrence. Il faut raisonner en terme de complémentarité.

Vous êtes donc favorable à la construction d’une agglomération gigantesque Sète-Montpellier-Nîmes- Alès, souvent évoquée par Georges Frêche ?

Cela reste cohérent car il y a un port. D’ailleurs, un autre géographe, Raymond Dugrand, avait déjà parlé d’une agglomération Nîmes-Montpellier-Sète dans les années 70.

Par contre inclure Alès, c’est totalement aberrant. Pourquoi Alès et pas Béziers ? Alès fait partie de la bordure montagneuse et a connu de manière terrible la crise. Même s’il y a une école d’ingénieurs à la réputation européenne – l’école des Mines -, les gens n’ont pas trouvé d’activité de substitution.

Comment une telle agglo peut-elle être construite ?

Il faudrait une seule assemblée, une vraie communauté de villes et pas plusieurs communautés d’agglomération. Pour l’instant, tous les grands équipements sont à Montpellier. Derniers en date : la salle de spectacles Arena, le centre commercial Odysseum. Il faudrait répartir ces équipements. Il faudrait aussi que les liens entre les villes soient plus faciles : augmenter la cadence des TER entre Nîmes et Montpellier….

Justement, le train est un sacré point de discorde. Montpellier, Narbonne, Nîmes… Tout le monde veut sa gare TGV.

C’est vrai, chacun la veut. Cela en ferait cinq dans la région. À ce stade, ce n’est plus un TGV, c’est un omnibus. Il ne faut pas une gare TGV à Nîmes et une à Montpellier. Idéalement, il faudrait en construire une qui soit reliée à un aéroport comme c’est le cas à Lyon-Saint-Exupéry ou Roissy. Mais jamais les maires ne voudront renoncer à avoir chacun une gare. Politiquement, ce n’est pas porteur de dire qu’on fait quelque chose ensemble. Mais on ne peut plus ne pas travailler ensemble.

Propos recueillis par Sabrina Ranvier

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