C’est Midi Libre qui le révèle ce 10 avril : le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a évoqué ce mardi auprès de la presse régionale la réforme à venir de la décentralisation. Parmi ses propos se trouvait l’annonce de la création de 10 nouvelles métropoles, dont celle de la capitale héraultaise :
"Après Paris, Lyon et Marseille, déjà prévues par la loi, dix autres agglomérations de plus de 400 000 habitants situées dans une aire urbaine de plus de 500 000 habitants seront transformées en métropoles par décret. Il s’agit de Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Rouen, Toulon, Montpellier, Rennes et Grenoble."
Si cette dénomination est essentiellement administrative et politique, elle entraîne pour autant des changements évidents dans la gestion de la ville.
Je me suis demandé, en restant à la place qui est la mienne – celle d’un citoyen non averti outre mesure des complexités du droit administratif français -, de quels ordres pouvaient être ces changements.
Pour répondre à cette question, je me suis avant tout attaché à connaître les spécificités administratives et politiques de l’agglomération d’un côté et de la métropole de l’autre. Je l’avoue sans honte : Wikipédia me fut d’un grand secours.
L’agglomération
Première chose à savoir : toutes les villes organisées en agglomérations ne répondent pas aux même critères de démographie.
En effet, selon mes précieuses sources, dans notre beau pays de France le terme "agglomération" renvoie selon sa taille soit à une communauté urbaine (plus de 450 000), soit à une communauté d’agglomération (50 à 450 000, sauf chef-lieu de département : 30 à 450 000), soit à communauté de communes (moins de 50 000, sauf chef-lieu de département : moins de 30 000).
D’un point de vue administratif, il s’agit d’une ville-centre à laquelle sont agrégées ses banlieues.
D’un point de vue politique, l’agglomération correspond à plusieurs entités administratives interconnectées – mais pas forcément agglomérées – qui gèrent (certains de) leurs projets en commun (transports, déchets, projets de réhabilitation de quartiers, développement économique, innovation, etc.).
La métropole : quels changements administratifs et politiques ?
Une métropole est une forme d’intercommunalité française qui ne concerne normalement que les territoires de plus de 500 000 habitants. Son nom officiel est "établissement public de coopération intercommunale" (EPCI). Jusque là, rien d’extraordinaire.
Le point crucial pour Montpellier – et pour toute ville basculant vers cette forme administrative – concerne les compétences de la métropole : en effet, celle-ci se distingue des communautés classiques (communautés urbaines ou d’agglomération) par le fait qu’elle exerce à la fois des compétences gérées classiquement par les communes membres, mais également des compétences ordinairement dévolues aux départements et régions.
Conclusion
Si l’on y réfléchit, le passage à la métropole est à la fois mouvement de décentralisation (des départements et régions vers la métropole), mais aussi un mouvement de centralisation (des ex communes de l’agglomération vers la métropole).
Pour connaître précisément quelles compétences jusque là dévolues aux communes, départements et régions seront transférées vers la métropole, cliquez ci-dessous.
Ce vendredi 5 avril La Tribune avait réuni à l’Hôtel Océania de Montpellier quelques acteurs économiques majeurs de la région Languedoc-Roussillon pour une table ronde consacrée au thème de l’innovation des PME en temps de crise. Debriefing.
De gauche à droite : Christian Goutorbe (micro), Alix Roumagnac, Laurent Cambus, Karim Rafai, Anne-Yvonne Le Dain, Jean-Pierre Moure, Magali Boisseau, Emmanuel Petiot et Olivier Lapierre.
Les invités
C’est Jean-Claude Gallo, vice-président de La Tribune et directeur de la publication d’Objectif Languedoc-Roussillon, qui ouvrait un débat animé ensuite par Christian Goutorbe, correspondant en Languedoc-Roussillon pour La Tribune.
Le choix des invités se voulait représentatif du paysage économique languedocien et de ses acteurs. Etaient ainsi présentes deux personnalités politiques : Anne-Yvonne Le Dain, députée de l’Hérault et vice-Présidente du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon, en charge au sein du même conseil notamment de l’innovation, et Jean-Pierre Moure, Président de la Communauté d’agglomération de Montpellier.
L’aide à la création d’entreprise et à l’innovation était représentée par Laurent Cambus, délégué innovation pour Oséo Languedoc Roussillon.
Cinq personnalités ayant des responsabilités au sein du monde de l’entreprise venaient compléter l’auguste tribune : il s’agissait de Magali Boisseau, PDG de Bedycasa, Olivier Lapierre, PDG de Symétrie, Emmanuel Petiot, DG de Deinove, Karim Rafai, responsable Languedoc Roussillon pour ERDF, et Alix Roumagnac, PDG de Predict Services.
L’innovation en Languedoc-Roussillon
Dès le début de la table ronde Laurent Cambus rappelait qu’Oséo possède 8000 clients actifs en Languedoc Roussillon, et qu’en 2012 Oséo y avait accompagné 3000 entreprises.
A sa suite Anne-Yvonne Le Dain soulignait que la Région Languedoc Roussillon investissait 10 millions d’euros par an depuis 2005 dans le soutien à l’innovation. L’un des effets de la crise était dans ce domaine certes de réduire quelque peu le nombre de dossiers, mais dans le même temps ceux-ci était plus aboutis, plus "puissants", selon le mot de Mme La Députée.
Pour Jean-Pierre Moure, l’innovation fait partie de l’ADN du territoire languedocien, et en est actuellement l’une des forces principales. La deuxième étape, toujours à venir, consisterait à faire travailler ensemble les différentes entreprises et start-up.
Symbole de cette réussite régionale, Deinove, entreprise de cleantech menant des recherches poussées en bioethanol, en passe de devenir l’un des champions mondiaux en la matière. Sur la base de ce succès en marche, Emmanuel Petiot évoquait même la possibilité de faire venir Total ou Solvay à Montpellier.
Les relations universités-entreprises
Jean-Pierre Moure évoquait ensuite l’importance des relations entre universités et entreprises, qui irriguent conjointement l’ensemble du tissu économique régional. Les universités représentent l’un des atouts du territoire : ce fut l’occasion de rappeler la fusion entre l’Université Montpellier 1 et l’Université Montpellier 2.
Les relations entre universités et entreprises furent aussi évoquées par Olivier Lapierre de Symétrie, qui appela de ses vœux de plus grandes interactions entre ces deux mondes parallèles : selon lui, les PME sont ouvertes à travailler avec les labos de recherche.
Les écueils de l’innovation en France
Parmi les innovations intéressantes, celle d’Alix Roumagnac, qui créa Predict Services en 2006 (à Cap Omega, BIC de Montpellier) sur la base d’une idée datant de 2003. Le travail consiste pour lui et ses équipes (25 personnes) à transmettre aux responsables de collectivités ou d’entreprises des informations cruciales sur la météo, et bien sûr en priorité les alertes avant catastrophe naturelle. Dernier exemple en date, les débordements du Lez fin mars/début avril.
C’est ainsi que depuis Montpellier plus de 20000 communes de France (qui en compte 36000) sont accompagnées par Predict Services ! Plusieurs signatures ont également eu lieu avec des groupes d’assurances tels que Groupama et Générali, qui y voient un moyen de réduire significativement les coûts des sinistres.
Magali Boisseau de Bedycasa apportait également un témoignage passionnant : selon elle, la crise fut une opportunité, et non un écueil. Son entreprise, qui permet aux voyageurs de louer une chambre chez l’habitant, a démarré sur la base de son propre carnet d’adresses. Elle connaît actuellement une croissance de 30% par mois. Pour quelle raison ? Parce que 55% des gens ont une pièce inoccupée chez eux, et que 20% d’entre eux sont disposés à la louer à des voyageurs de passage. Son innovation ne consista pas à créer ce marché – qui existait de tout temps – mais plutôt à le sécuriser et à l’amener sur Internet.
Le point noir dans ce parcours idyllique tient à un point culturel déjà abordé quelquefois ici et ailleurs : la difficulté de Magali Boisseau à trouver des fonds dura 4 ans, jusqu’à ce qu’un américain démontre que le marché était porteur. Une fois de plus, une chef d’entreprise innovante française se trouvait ainsi confronté à la frilosité culturelle des entrepreneurs et investisseurs français envers leurs compatriotes.
Les particularismes franco-français furent aussi évoqués par Olivier Lapierre de Symétrie : son expérience internationale faisait ainsi ressortir à ses yeux le fossé existant entre d’un côté le monde de l’exportation où le pragmatisme et l’efficacité règnent et se mettent au service des affaires, et de l’autre un milieu franco-français où l’entrepreneur doit se déplacer plusieurs fois, faire plusieurs devis, tout cela pour en fin de compte devoir repartir à zéro pour un détail lié au cahier des charges.
Ces constats furent appuyés par Anne-Yvonne Le Dain, qui souligna qu’en France le goût du risque n’est pas une valeur répandue : l’innovation y est certes vantée, mais souvent à l’intérieur même d’un produit, et non dans le cadre d’une innovation de rupture, au service du changement.
Conclusion
Une table ronde intéressante, permettant de mettre en relief plusieurs points cruciaux :
1. Le Languedoc Roussillon reste une terre d’innovation, y compris grâce à une volonté politique marquée, que ce soit au niveau régional ou à celui des agglomérations. Les pépinières et incubateurs représentent dans cette perspective des cartes majeures.
2. L’innovation est un domaine très vaste, à la merci d’un champ sémantique qui l’est encore plus, et ce genre de manifestation s’enrichirait d’une distinction préalable entre les différents domaines d’innovation qui vont y être abordés, et/ou une explication concernant le caractère commun à toutes les démarches présentées. Attention à ne pas faire de l’innovation un panier fourre-tout avec par-dessus l’étiquette "Miracle économique".
3. Comme le soulignait il y a quelques mois Bertin Nahum, Président de MedTech Surgical, le soutien à l’innovation est très important en France pour développer un produit, mais non pour le rendre crédible auprès des investisseurs et entrepreneurs français. C’est aussi ce qui ressort particulièrement des témoignages de Magali Boisseau ou Olivier Lapierre.
C’est pour répondre à de tels besoins qu’Ozil Conseil travaille actuellement sur la création d’un laboratoire de confiance pour produits innovants intitulé Pour Les Patrons.
Bonus
Les discussions furent à un moment interrompues par un sifflement étrange, à mi-chemin entre la BO du film Rencontre du troisième type et la sirène d’incendie. Il fallut quelques secondes angoissantes à une assemblée retenant son souffle pour s’apercevoir qu’il s’agissait en fait de la sonnerie de portable de Mme Anne-Yvonne Le Dain. Ouf : l’innovation, d’accord, mais attendons encore un peu pour la guerre extraterrestre.
Concernant les relations Universités / Entreprises, signalons la Rencontre Docteurs / Entreprises qui se tiendra à Montpellier le 20 juin.
Hervé Hamon sort ces jours-ci "Ceux d’en-haut", un ouvrage d’entretiens avec certains grands patrons français triés sur le volet. Parmi ceux-ci Louis Gallois, ancien patron d’EADS et aujourd’hui haut-commissaire aux investissements, qui se révèle d’une grande lucidité quant au quotidien du patron de PME. Il va même jusqu’à conseiller aux grands patrons déconnectés du terrain d’aller y faire un stage. Challenges a publié les lignes concernées, que nous reproduisons ici pour vous.
"La solitude du chef, ce n’est pas une idée en l’air. On est seul, dans ce métier. On peut avoir des collaborateurs dont on est très proche, mais tout le monde, au sein de ces entreprises, est dans des jeux de tactique, des jeux personnels, des amours et des haines. Ça ne me pose pas de problème, mais vous êtes seul, in fine.
Il n’y en a qu’un pour qui, à mon sens, ce soit plus difficile: le patron de PME. Lui, il est en première ligne sur tous les sujets, il est directeur financier, il est DRH, il est évidemment directeur de la stratégie, il est tout, il voit son banquier, il est souvent actionnaire de sa boîte, et c’est son patrimoine qu’il a engagé. Moi, je les admire, ces gens-là, je suis dans une position infiniment plus confortable, j’ai des amortisseurs dans tous les coins. Je pense que ce serait une excellente thérapie pour les patrons de grandes entreprises dont la tête a tendance à enfler que d’affronter la vie concrète d’une PME, la vraie vie sans doute.
Nous autres, nous sommes dans une bulle. Tout est facilité, tout est précuit. On me prend mes billets de train, je ne fais pas la queue au guichet, je ne clique pas sur Internet, j’ai un chauffeur, un avion privé quand je me déplace en Europe. Je dois faire un effort, oui, un effort pour garder les pieds sur terre, pour garder une hygiène de vie. Ça veut dire que je veille à avoir des amis qui ne sont pas de ce milieu-là. J’habite Clamart, je m’applique à vivre comme l’honnête habitant de Clamart. Je vais au café, je fais mes courses. Quand je peux, le week-end, je prends les transports en commun (j’ai presque honte de dire que, pour moi, c’est un spectacle très distrayant). Il faut une vie personnelle stable, ce qui est mon cas. D’autres sont peut-être capables de mener de front une vie personnelle agitée et une vie professionnelle forte, je ne le pourrais pas, je ne puis ajouter du stress au stress."
Elle est le centre de gravité de la ville de Montpellier. On s’y donne rendez-vous pour le travail, pour le cinéma, pour le plaisir.
A l’ombre de ses terrasses de café on accueille le printemps, avant d’y griller en été, pour enfin y frimer en octobre en pensant aux parisiens qui ont déjà déserté les leurs depuis au moins 3 mois.
On y croise à l’improviste des personnes perdues de vue depuis des mois, parfois des années.
On la traverse en courant pour se rendre à un rendez-vous, en flânant au retour.
Elle, c’est la place de la Comédie.
C’est un tweet de @FancyRody contenant l’une des photos ci-dessous (1967) qui m’a donné envie de me lancer dans un historique plus complet. Je vous propose ainsi près de 130 ans d’évolution de la place en question. Si je suis en mesure de dater quelques photos, d’autres manquent de précision. La nostalgie opère tout de même – à mon avis.
Un bref historique :
1755 : construction de la place de la Comédie
1785 : premier incendie du théâtre de la Comédie
Fin des années 1790 : installation de la statue des trois Grâces (une oeuvre d’Etienne Antoine)
1881 : deuxième incendie du théâtre de la Comédie
1989 : l’original de la statue des Trois Grâces est déplacé au Musée Fabre
Il y a quelques jours Les Echos publiait un panorama complet de la valeur réelle des PME et ETI françaises, région par région et secteur par secteur.
Valorisation des PME et ETI : le palmarès des régions
Les chiffres fournis représentent des milliards d’euros.
Ile de France : 296,8
Rhône Alpes : 56,9
PACA : 27,4
Nord Pas de Calais : 17,7
Pays de la Loire : 17,1
Basse Normandie : 16,4
Aquitaine : 15,6
Hautes-Pyrénées : 12,4
Centre : 12,4
Alsace : 10,6
Bretagne : 9
Champagne Ardennes : 8,9
Haute-Normandie : 8,7
Languedoc-Roussillon : 8,4
Picardie : 7,7
Poitou Charentes : 7
Lorraine : 6,7
Bourgogne : 6,6
Auvergne : 4,6
Franche-Comté : 4,1
Limousin : 3,8
Corse : 0,9
Quelques remarques :
La somme des valorisations approchant 560 milliards d’euros, il saute aux yeux que l’Ile de France correspond déjà à plus de 50% de cette somme : la fin de la centralisation parisienne n’est pas pour demain !
La première région, l’Ile de France, représente plus de 5 fois la valorisation de sa première dauphine, la région Rhône Alpes.
Le Languedoc Roussillon arrive en 14ème position (sur 22) en termes de valorisation des PME et ETI de sa région. Si l’on excepte la Corse, le Languedoc-Roussillon est donc bon dernier du quatuor des régions du Sud de la France.
La répartition sectorielle : les podiums
Côté nombre d’entreprises, c’est la distribution qui arrive en tête (14 989) avant la construction (5148) et les services divers (4378).
En ce qui concerne la valorisation des entreprises concernées, ce sont cette fois les services divers qui arrivent en tête (142,8 milliards d’euros), avant la distribution (121,2 milliards d’euros) et l’industrie des matières premières (57,9 milliards d’euros).
Côté somme des CA 2012, la distribution repasse en tête (282,6 milliards d’euros), devant l’industrie des matières premières (89,2 milliards d’euros) et la construction (75,9 milliards d’euros).
Enfin, côté effectifs, c’est à nouveau la distribution qui remporte le premier prix avec 492 203 postes, devant la construction (308 648 postes) et les services divers (288 219 postes).
Au début des années soixante Montpellier est une ville dont la taille et le dynamisme ne se distinguent pas encore vraiment en Languedoc, y compris face à Nîmes, la grande rivale. Deux éléments changeront cela : tout d’abord, une expansion démographique réelle : entre 1962 et 1968 la ville connaît une croissance démographique de 5,3%, due notamment à l’arrivée des Pieds Noirs et à l’immigration en provenance du Maghreb et de l’Espagne ; et ensuite, l’arrivée d’IBM à Montpellier, en 1964.
IBM à l’aube des années soixante
En 1956 Thomas J. Watson, le fondateur" d’IBM, décède. C’est son fils, Thomas J. Watson junior, qui lui succède à la tête d’une entreprise comptant à cette époque 72 000 employés dans le monde et quasiment un milliard de dollars de chiffre d’affaires.
En France IBM ouvre à cette période les bureaux de Reims, Limoges, Annecy, Orléans, Besançon, Troyes, Rennes, tant et si bien que fin 1962 IBM France compte 35 agences commerciales sur tout le territoire et 13 bureaux et ateliers outre-mer.
1964 : IBM débarque à Montpellier
L’année 1964 marque pour IBM un tournant particulier : pour la première fois une gamme d’ordinateurs universels voit le jour. Il du 360 :
"L’IBM 360 annoncé remplace les cinq gammes de produits IBM par une famille de produits compatibles utilisant une nouvelle architecture, la première à représenter les données en octets, une méthode encore utilisée aujourd’hui. L’annonce présente un concept avant-gardiste d’une portée sans précédent. Six modèles de processeurs, dont les performances sont multipliées par 50, ainsi que 54 différents périphériques. Plusieurs types de dispositifs de stockage magnétique, des terminaux à écran, de l’équipement de communications, des lecteurs et perforatrices de cartes, des imprimantes et un lecteur optique de caractères. Rapidement, les commandes dépassent les prévisions. Plus d’un millier de commandes sont signées durant les quatre semaines suivant l’annonce. Et un millier d’autres durant les quatre mois suivants."
Pour faire face à la demande, IBM décide d’ouvrir une nouvelle usine à Montpellier. Le chantier débute le 1er décembre 1964, et le 28 juin 1965 l’usine ouvre ses portes. Plus de deux mille emplois seront créés en 10 ans.
"De nombreuses entreprises sous-traitantes travaillant déjà pour cette firme en Région parisienne ont suivi IBM, et d’autres activités ont été crées localement. Depuis le milieu des années 1960, a émergé une nouvelle industrie montpelliéraine d‘abord dans la mouvance de l‘implantation de l‘usine de la firme IBM dans le quartier de la Pompignane (en-dehors des zones industrielles programmées par les institutions locales) et de l‘activité de ses sous-traitants. Cela a constitué une mutation importante dans l‘histoire économique de la ville d‘autant que vingt ans plus tard, IBM était le principal établissement industriel régional (2 700 emplois directs, le double en comptant ceux des sous-traitants)."
"L’arrivée d’IBM bouleverse l’ordre industriel et socio-économique local. [...] L’entreprise a su exploiter à son profit les caractéristiques locales — milieu social accueillant et bon équipement scientifique favorable aux cadres, essor facile de la sous-traitance — et modifier peu à peu les données structurelles de l’industrie montpelliéraine. Même si les effets d’entraînement n’ont pas été à la mesure de ceux qu’escomptaient les édiles locaux. IBM, première entreprise industrielle de la région avec quelque 3 000 salariés, reste le symbole du changement à Montpellier, d’un renouveau des facteurs de production au sein des mécanismes de fonctionnement économique de la ville. Ce renouveau se traduit dans les mentalités — plusieurs milliers de demandes d’emplois chaque année à IBM, impression d’un « ennoblissement » du travail industriel, développement de « l’esprit d’entreprise »—, par la constitution d’un réseau bien structuré de sous-traitants dans les domaines de l’électronique (câblage, montage, maintenance), de l’outillage de précision et de contrôle, de la tôlerie fine, de la micromécanique…, autant de secteurs quasi inconnus jusque là à Montpellier."
Citons enfin Bernard Vignon, qui fut directeur de la communication IBM à Montpellier :
« C’est autour d’IBM […] que s’est développée l’informatique à Montpellier. Nous avons servi de référence pour les entreprises candidates à une implantation locale. »
Quelques années plus tard, un certain Georges Frêche allait même prendre l’exemple d’IBM comme le socle de sa stratégie de développement économique pour Montpellier. Mais c’est une autre histoire…